À l’occasion de la Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, les élèves de 4e B du collège Alfred-de-Vigny accompagnés par leur professeur d’histoire, Nathalie Allo, ont assisté, le 27 janvier dernier, à une cérémonie commémorative au Mémorial des martyrs de la déportation. Une initiative qui s’inscrit dans la nouvelle promotion des Ambassadeurs de la mémoire de la Shoah.

Selon un sondage(1) paru lors du 81e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, 46 % des Français de 18 à 29 ans n’ont jamais entendu parler de la Shoah (contre 1 à 15 % de leurs homologues américains, britanniques, allemands, autrichiens polonais, hongrois et roumains), et 33 % des jeunes adultes estiment son bilan « exagéré ». Un constat alarmant qui souligne l’impérieuse nécessité d’enseigner l’histoire aux nouvelles générations. 

« Notre héritage est là, entre vos mains »(2)

Telle est précisément la vocation de Nathalie Allo, investie de longue date dans la transmission de la mémoire. Après s’être lancée dans le concours national de la Résistance et de la Déportation sur les conseils de Lucie Aubrac et avoir accompagné la création d’une classe défense au sein de son collège, l’enseignante découvre le dispositif des Ambassadeurs de la Shoah. Celui-ci consiste à encourager les jeunes à reprendre le flambeau de la mémoire, avant que ne s’éteignent les voix des derniers survivants de l’extermination industrielle du peuple juif. Dans le cadre de l’édition 2025-2027, ses élèves, partenaires du Mémorial des martyrs de la déportation, l’un des lieux de mémoire de la Shoah en France, ont réalisé des travaux en classe, rencontré des membres de l’Office national des anciens combattants (Onac) et visité le Mémorial de la Shoah. « Les plus motivés présenteront, en troisième, un projet lors d’un événement national, le 27 janvier 2027, précise Nathalie Allo. Pour tous, ce programme éducatif offre l’opportunité d’apprendre à réfléchir, à débattre, à exercer leur libre arbitre et à s’engager dans le respect d’autrui. »

Faire vivre le souvenir

La cérémonie organisée sur l’île de la Cité a notamment donné lieu à la lecture du message adressé par Simone Veil, en 2010, aux enfants du XXIe siècle et de discours et de poèmes rédigés par les collégiens. Ponctué par La Marseillaise et Le Chant des partisans, cet instant solennel s’est achevé par un dépôt de roses blanches à la mémoire de dix-huit Courbevoisiens déportés, parmi les 76 000 Juifs de France convoyés dans les camps de la mort. Les adolescents se sont ensuite réunis au Cercle des anciens combattants de Courbevoie pour échanger leurs impressions sur cet après-midi dédié à l’éveil des consciences et du discernement. Une démarche essentielle alors que la banalisation de la haine antisémite(3) gangrène à nouveau notre société. 

 

(1) Enquête publiée le 22 janvier 2026 par la Conference on Jewish Material Claims Against Germany, organisation fondée en 1951 en faveur de la restitution des biens juifs spoliés durant l’occupation nazie. 

(2) Message de Simone Veil aux jeunes générations, 2010. 

(3) 1 320 agressions à caractère antisémite ont été perpétrées en 2025, soit 62 % des actes antireligieux recensés, visant 0,6 % de la population française (source : rapport du ministère de l’Intérieur, 12 février 2026). 

TÉMOIGNAGES

« Je suis passionnée par l’histoire. Mon arrière-grand-père, Pierre Colomb, a participé à la libération des camps en Allemagne et au rapatriement des internés. Il ne faut jamais oublier ce qu’il s’est passé. »

Abigaëlle, 13 ans, élève de 4e B 

« Nous avons étudié le discours de Simone Veil et écrit des poèmes en classe. La cérémonie était impressionnante, et c’était un honneur d’y être. »

Berta, 13 ans, élève de 4e B

« Nous sommes allés au Mémorial de la Shoah, où nous avons découvert la cruauté vécue par les victimes. J’ai beaucoup appris et je sais que j’ai un rôle à jouer dans la transmission de la mémoire. »

Vivien, 13 ans, élève de 4e B

« À une époque où prolifèrent les fake news et la haine sur les réseaux sociaux, nous devons permettre à nos élèves de comprendre le monde, les inciter à vérifier les informations et à se forger leur propre avis. C’est le sens de ce projet fédérateur mené par Nathalie Allo, qui participe au parcours citoyen des collégiens. »

Jean-François Jezequel, principal du collège Alfred-de-Vigny

EXTRAITS DE POÈMES DES ÉLÈVES DE 4E B

« Des gestes de courage ont traversé l’histoire,
Des mains tendues en secret, des élans de victoire. 
Aujourd’hui, nous voulons leur rendre un souvenir,
Écouter leurs récits pour mieux les retenir. »
Aliyah 

« L’histoire, même brisée,
Continue de porter la force silencieuse
De ceux qui n’ont jamais cessé d’espérer,
De résister, de rêver encore,
Malgré le froid, les cris et les cendres. »
Inès 

« On écrit ce poème pour ne pas oublier,
Pour que ces histoires restent gravées.
Pour montrer que ces vies comptaient vraiment,
Même dans la peur, même dans le vent.
Se souvenir, c’est dire "plus jamais ça",
C’est protéger la paix, ici et là.
C’est avancer ensemble sans se diviser,
Pour construire un monde où chacun peut exister. »  
Yann 

« Dans l’espoir qui n’est plus là,
Dans le bruit des bottes, des cris, je dois survivre.
Dans la faim et la peur,
Toujours rester debout pour peut-être un jour en voir la fin.
Rester debout pour un jour raconter
Pour ne pas oublier ceux qui ne sont plus là. »
Abigaëlle 

« Souvenons-nous des visages perdus ; 
Des pas forcés, des cris jamais entendus.
Que ce poème garde en mémoire 
Le courage, la peine et l’étrange espoir.
Et que nos cœurs veillent, sans jamais faiblir,
Afin que l’humain ne cesse de grandir. »
Eugène 

« Car même au cœur de l’abîme et du froid, 
Une âme refuse de renoncer à la foi. 
Et dans ce désert où l’humain se déchire,
La mémoire promet de ne jamais mourir.
Ainsi, de ces ténèbres, naît un serment :
Que nul n’oublie jamais ce que vécut le camp. »
Selma  

« Et au loin, derrière les barbelés et la douleur,
On imaginait un jour où renaîtrait le bonheur.
Un jour où le ciel ne serait plus gris,
Où nos mains, nos yeux, nos cœurs retrouveraient la vie. »
Lauren

« La faim tient lieu d’ombre et la peur, de patrie, 
Le temps n’existe plus, il se fige et s’enfuit.
Pourtant, dans chaque cœur, une étincelle veille,
Un souvenir d’enfance, une voix qui émerveille. »
Lehna

« De ces cendres muettes où l’on brisa des vies
S’élève une mémoire au profond cri transi.
Elle souffle au présent l’exigence de voir, 
D’écouter dans le vent les traces du devoir. »
Vivien 

« Dans le wagon, ni siège, ni air, ni lumière,     
Une seule fenêtre grillagée laissait filtrer l’air amer.
Pour leurs besoins, un simple seau trop vite débordé,
Et pas un pain, pas une goutte : seuls, affamés, désespérés.
Après plus de trois jours de voyage éreintant,
Il ne restait plus qu’une cinquantaine de vivants. »
Natanaël

« Les jours passaient lentement, sans couleur,
La faim, la fatigue, le manque, la peur.
Mais certains gardaient, au fond de leur cœur,
Un petit espoir qui restait vainqueur. »
Chîrine

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