L’histoire d’Aurélia Alécian et du Jardin de musique, l’école qu’elle dirige à Bécon, c’est d’abord une belle histoire de famille. Mais cette Courbevoisienne est aussi une coach vocale de renommée internationale, qui s’est formée auprès des meilleurs et qui vient d’intégrer l’académie américaine des Grammy Awards. On vous raconte !
Imaginez un ancien pavillon à Bécon, un jardin, des arbres fruitiers, des instruments de musique et des enfants du quartier qui découvrent le piano… C’est ainsi qu’est né, en 1967, le Jardin de musique, une école qui revendique sa propre pédagogie. L’adresse a changé – les cours ont désormais lieu boulevard de la Paix et rue Cantin – mais l’esprit reste le même.
Dans cette maison de famille aujourd’hui disparue, la grand-mère d’Aurélia, Aïda, pianiste d’origine arménienne arrivée en France après la Seconde Guerre mondiale, rêve à cette époque d’une autre façon d’enseigner la musique : pas de théorie sans pratique, l’émulation plutôt que la compétition, un répertoire plus varié, un éveil dès le plus jeune âge et des cours en petit groupe où les enfants s’entraident. Cette intuition que l’on peut apprendre autrement, Aïda la tient de son père, grand musicien lui aussi, qui a fondé l’orchestre national turc et formé des instrumentistes selon la pédagogie de groupe.
Trois générations de musiciennes
En 1979, la mère d’Aurélia, Eugénie, pianiste et concertiste, prend les rênes de l’école qu’elle développe tout en gardant cette méthode, brevetée sous le nom « Jardin musique Alécian ». « L’association compte aujourd’hui 400 adhérents, dont certains sont les enfants des premiers élèves, souligne fièrement Aurélia. Nos professeurs, qui sont là pour certains depuis trente ans, ont connu plusieurs générations. »
Forcément, la vie de famille des Alécian est entremêlée à celle du Jardin de musique. C’est pour la petite Aurélia âgée de 18 mois qu’Eugénie créé les ateliers d’éveil pour bébés. « Développer l’oreille musicale des enfants, c’est comme apprendre une langue étrangère, il vaut mieux commencer très jeune. » Et c’est à la suite d’un problème de santé de sa mère qu’Aurélia revient à Courbevoie pour assumer à son tour la direction de l’école.
Dans ses souvenirs, la musique est toujours présente. Les notes qui s'échappent, les partitions, les élèves à la maison, les concerts, les siestes sous le piano lors des tournées de sa mère, les premiers cours qu’elle donne alors qu'elle est encore adolescente, ses fils devenus pianistes eux aussi… « La musique est ce tissu qui lie toute notre famille. » Courbevoie aussi ! Le Jardin de musique est intimement lié à Bécon. « Nous sommes bien ici, nous n’irons pas ailleurs. »
Mon rêve serait que tous les enfants aient accès à la musique car ils deviennent alors des adultes bien dans leur peau.
Une carrière internationale
Contrairement à ses aînées, Aurélia a choisi le chant. C’est sa marque à elle au Jardin de musique. Elle y assure les cours et les stages, mais aussi du coaching vocal pour des juristes, professeurs, comédiens… Formée à l’école de Richard Cross, cette « geek de la voix » comme elle se présente elle-même en souriant, a appris différentes méthodes dont celle de la manipulation laryngée. Une technique qu’elle partage avec la coach de Shakira !
Cette année, Aurélia a rejoint la Recording Academy, qui organise les Grammy Awards. Au sein de cette communauté professionnelle internationale, elle participera au processus de remise des prix – elle se rendra d’ailleurs aux États-Unis pour la prochaine cérémonie en février – mais aussi aux réflexions sur l’avenir de l’industrie musicale et les initiatives en faveur des artistes et de la diversité. « Pour ma part, je plaide pour l’accès des femmes aux plus hauts postes de ce secteur », déclare Aurélia, en digne héritière de sa grand-mère et de sa mère.