Dans un monde de plus en plus fragmenté et violent, comment réconcilier les humains entre eux et avec la Terre ? Un défi qui nécessite de nouvelles formes de coopération, de penser l’après tout en faisant émerger des imaginaires d’un futur désirable. Pour y réfléchir et échanger avec des scientifiques et des artistes, rendez-vous du 7 au 11 octobre. Pendant cinq jours, vous profiterez d’une sélection pointue de films, spectacles, conférences et débats. C’est gratuit et ouvert à tous.

L'an dernier, près de 15 000 personnes se sont pressées au festival et 3 000 élèves, de la maternelle au lycée, ont bénéficié d’une projection. Qui dit mieux pour la 16e édition du fameux festival de cinéma, des arts et des sciences de Courbevoie ?
C’est Christian Clot, explorateur- chercheur, expert de l’adaptation humaine, qui en sera le parrain cette année (lire l'interview ci-dessous). Fondateur du Human Adaptation Institute, il a mené des expéditions de recherche comme Deep Time ou Deep Climate et partagera son expertise sur les mécanismes d’adaptation. L’expérience immersive qu’il a conçue, Climate Sense, qui nous plonge dans une vie à 50°C à l’ombre, sera en accès libre sur le parvis du Centre événementiel. Il sera aux côtés d’Angélique Kidjo, la marraine artistique, pour la soirée d’ouverture vendredi 9 octobre.
D’autres personnalités sont attendues au cours du festival : Paul Watson, Gustave Kervern, Marc-André Selosse, Heïdi Sevestre, Carine Tardieu, Gilles de Maistre…
Christian Clot et Angélique Kidjo sont les parrain et marraine de cette 16e édition !
Du cinéma et des débats
Comme chaque année, le festival a sélectionné une vingtaine de films et documentaires qui seront projetés en avant-première. Une programmation exigeante qui met à l’honneur des récits inspirants autour des grands enjeux environnementaux et sociétaux.
Ainsi, pour la cérémonie d’ouverture le 9 octobre, vous pourrez découvrir le dernier film du réalisateur Hirokazu Kore-eda Sheep in the Box, qui nous plonge dans l’histoire folle d’un couple qui, après la perte de son enfant, se voit proposer un robot humanoïde totalement identique à son fils. Les films sont diffusés à l’Espace Carpeaux ou au cinéma Abel-Gance et suivis pour la plupart d’un échange avec les réalisateurs et des scientifiques.
Le jury du festival remettra ses prix Coups de cœur lors de la cérémonie de clôture. Pour soutenir la création, un concours de synopsis et de courts-métrages est organisé sur le thème cette année de « la vie rêvée ».
Et aussi
- Des échanges inspirants avec des rencontres sur l’effondrement du désir d’enfant face à la crise climatique, l’impact de l’IA sur notre cerveau, le Shift Project, la biodiversité comme assurance-vie, l’importance de prendre soin des sols, la géopolitique de l’alimentation…
- Des promenades scientifiques et des ateliers : cette année encore, prenez le temps de vous balader dans Courbevoie avec des scientifiques et des membres de l’association des Acteurs du développement durable de Courbevoie (ADDC) pour profiter d’une mini-conférence ou participer à des actions concrètes.
Le programme complet du festival ici

« À l’heure où les défis climatiques, environnementaux et sociétaux s’imposent à chacun d’entre nous, le festival Atmosphères de Courbevoie est plus que jamais d’utilité publique. C’est pourquoi, la ville est fière d’en être le premier partenaire et d’accompagner son rayonnement. Je suis convaincue que la compréhension des transformations à l’œuvre est essentielle pour construire collectivement les réponses aux défis de demain. »
Stéphanie Soares, adjointe au maire déléguée à l’habitat et au logement, à l’écologie urbaine et à la transition énergétique
Rendez-vous avec Christian Clot pour la grande soirée du festival

Le chercheur Christian Clot est le parrain de cette 16e édition. L’équipe du festival lui a donné carte blanche pour imaginer la grande soirée Arts et sciences du samedi 10 octobre, qu’il animera avec Sébastien Folin. À leurs côtés, Sébastien Wolf, physicien et guitariste de Feu ! Chatterton, et Kumiko Kotera, directrice de l’Institut d’astrophysique de Paris. Il sera question du temps, physique et cognitif, de créativité et des missions Deep Time.
Quel est votre parcours ?
« Je me suis formé sur le terrain car j’ai arrêté l’école très tôt. D’abord en montant mes propres expéditions puis en travaillant avec des chercheurs qui m’ont enseigné les méthodes des sciences dures. Plus tard, je suis allé vers les sciences humaines en y appliquant ces mêmes procédés, par exemple pour étudier la sociologie d’une équipe. »
Vous vous décrivez aussi comme un explorateur ?
« Pour moi, un explorateur, c’est quiconque décide de faire avancer des connaissances en se mettant en jeu lui-même, en allant sur le terrain pour vérifier des intuitions et des données. Beaucoup de chercheurs le sont : les glaciologues qui vont faire des prélèvements sur la banquise, les océanologues qui sont en mer… Malheureusement, les financements baissent pour ce type de recherche… »
Depuis trente ans, vous vous intéressez à l’adaptation des humains face aux changements climatiques ; que pouvez-vous nous en dire après un été caniculaire ?
« Vivre une canicule ne fait pas changer les gens. Lorsqu’on vit une situation traumatique, et c’était le cas cet été, le cerveau se met en mode danger, ce qui engendre beaucoup de fatigue dans un premier temps, puis il se met en repos cognitif pour que l’événement douloureux s’efface. C’est le fonctionnement normal des humains. Non, ce qui fait que les gens auront envie de changer, c’est s’ils perçoivent que ce sera mieux pour eux après. Il faut donc susciter des émotions positives, de l’espoir et repenser notre rapport au monde et au vivant en général, notamment à travers l’éducation de nos enfants. »
C’est-à-dire ?
« Il faut déconstruire ce qu’on nous apprend depuis le début du XXe siècle, que le bonheur vient des possessions matérielles. C’est faux et c’est ce qui ressort quand on interroge des personnes un peu partout dans le monde : ils veulent du temps pour eux et leurs proches, être en bonne santé, vivre dignement ; rarement, les gens citent en premier posséder une voiture. À l’école, il n’y a rien sur la coopération, qui est pourtant un facteur essentiel pour s’adapter. »
Étudier nos capacités d’adaptation, en quoi ça consiste ?
« Si on veut transformer les sociétés, il faut comprendre ce qui fait qu’un homme va avoir envie de changer. Il faut l’étudier avec la même rigueur scientifique que tout autre sujet. C’était l’objet des expéditions Deep Time. Il est urgent que les sciences cognitives se saisissent de ces questions car l’enjeu transformationnel est énorme. »
Vous effectuez un travail de sensibilisation important, notamment par l’expérience Climate Sense qui nous plonge dans le climat du futur :
« On parlait juste avant de la canicule qui ne provoque pas de changement chez la plupart des gens. L’expérience Climate Sense, qui simule la vie avec 50 degrés à l’ombre, réactive ce même traumatisme mais sur une courte durée, ce qui permet aux participants de réfléchir juste après. C’est un accélérateur de la transition. Cette expérience a d’abord été conçue pour toucher les décideurs qui ont des leviers d’action plus importants. Mais le jour où une loi importante sera votée, il faudra aussi qu’elle soit comprise et acceptée par le plus grand nombre.
Vous connaissez ce festival pour y avoir déjà participé ; qu’a-t-il de particulier ?
« Ce mélange des sciences, des arts et de l’humour, c’est une idée géniale pour faire rêver les gens et donc leur parler de changement de vie. Il y a seize ans, ils étaient parmi les premiers à l’avoir compris. C’est un véritable honneur d’être le parrain cette année car j’ai beaucoup d’admiration pour toute cette équipe, réellement engagée et qui se consacre avec une telle énergie à ce festival. »

L'expérience Climate Sense, comment vivre par + 50° à l'ombre ?




Nouveau : un parcours immersif pour repenser le monde du travail
Vendredi 9 octobre, une demi-journée sera dédiée aux entreprises car les enjeux d’adaptation y sont importants. Au programme de ce parcours sur mesure : expérience Climate Sense et conférence de Christian Clot pour anticiper les risques futurs et se préparer à un monde qui change, projection du documentaire Les Éclaireurs suivi d’un échange avec le réalisateur Arthur Gosset, atelier de philosophie pratique avec Flora Bernard…
Rens. et inscriptions : parcoursentreprises@festivalatmospheres.com ; 06 85 56 09 31
Plongée océanique avec Salomée Stévenin et Fabienne Delfour
Samedi 10, découvrez en avant- première Nos âmes libres, un film de Salomée Stévenin partie à la rencontre des dauphins et des baleines à plusieurs endroits du monde. La projection sera suivie d’un échange avec l’éthologue Fabienne Delfour sur notre relation au vivant. Petit aperçu avec cet entretien croisé.

Salomée, pouvez-vous nous parler de Nos âmes libres ?
S.Stévenin : « C'est un documentaire très intime qui retrace mon cheminement suite à ma rencontre avec les dauphins il y a une quinzaine d'années. La première fois que j’ai plongé avec eux, ça a été une illumination de bonheur et en même temps, j’ai déchanté en voyant leurs conditions de captivité. Je n’ai eu qu’une envie après : les sortir de leurs enclos ! Au cours de mes pérégrinations, je suis allée à la Réunion avec une association dont Fabienne faisait partie. C’est comme ça qu’on s’est rencontrées, sur un bateau au milieu des dauphins. »

Et vous Fabienne, en quoi consiste votre travail d'éthologue et de cétologue ?
F.Delfour : « Pour ma part, cela fait trente ans que j’étudie les mammifères marins, les cétacés. Aujourd’hui, je dirige des projets de recherche sur le comportement des animaux, donc en éthologie, et plus particulièrement sur les interactions homme-animal, la communication, leur bien-être ou leurs émotions. »
Vous avez publié des livres et participer à des émissions radios, c'est important ce travail de médiation scientifique ?
F.D. : « Oui, c'est extrêmement important de sortir des lieux de savoirs parce qu'on voit bien que le grand public a des difficultés à se saisir des questions scientifiques. Et la science, elle est vraiment malmenée ! »
Les gens que vous rencontrez sont-ils plus réceptifs aujourd’hui ?
F.D. : « Le public devient de plus en plus affûté sur ces questions d'écologie, plus préoccupé également. D’ailleurs, je n'aime pas trop le terme d’éco-anxiété. Il s’agit surtout d’une certaine lucidité. »
Vous avez toutes les deux nagé avec les dauphins, qu'est-ce que cette expérience vous a apporté ?
F.D. : « Plonger, c'est littéralement une expérience extraterrestre, un changement de perspective car on perd nos repères dans cet élément liquide. On n'a plus cette vision de bipède vertical, on n’est plus aussi véloce et on n'est plus du tout au sommet de la chaîne alimentaire, ce qui fait réfléchir à notre place. »
S.S. : « Pour ma part, c'est comme un sentiment originel de revenir en soi et de se retrouver dans le cocon du monde. Mais plonger dans l’océan, ça peut aussi être intimidant, comme si on rentrait dans un monde qui n’est pas le nôtre. Et comme le disait Fabienne sur nos limites, cela nous remet à notre place de petits humains malhabiles. Cette vulnérabilité peut alors permettre de partir à la rencontre de l'autre. »
Ces espèces sont-elles mieux protégées aujourd'hui ?
S.S. : « Clairement non ! On ne peut pas parler de protection quand on voit les dégâts de l’activité humaine sur les cachalots par exemple. Et ceux qui ont été en captivité ne sont pas mieux traités. Quand on voit les delphinariums fermer et tous ces individus abandonnés, trimballés, séparés, c’est triste. »
F.D. : « Ce qu’il faut distinguer aujourd’hui, c’est la protection des animaux eux-mêmes et celle de leur habitat. Et là, il y a une fragmentation et une anthropisation [transformation d’écosystèmes sous l’action de l’être humain, NDLR] de leur milieu naturel. Ça bouge un peu mais pas assez vite et pas de manière assez forte. Je pense par exemple aux aires marines protégées qui ne sont pas vraiment contrôlées ou à l’écotourisme qui a des impacts. »
S.S. : « Il y a aussi cette circulation qui ne s'arrête pas en mer et le bruit des moteurs qui vient perturber les animaux car ils se déplacent avec l’ouïe, c’est leur sens principal. Je ne parle même pas des accidents avec des bateaux. De nombreuses baleines ont des entailles et en meurent. Ce n’est plus le coup de harpon des chasseurs mais ça revient au même. »
On parle de planète habitable, mais quel serait un océan habitable ?
F.D. : « Qu’ils puissent y vivre et se reproduire ; ce n’est pas le cas aujourd’hui. Il faut vraiment avoir une vision systémique et comprendre que ce qui se passe sur terre a un impact en mer. Il faut donc diminuer toutes les pollutions. »
S.S : « Il faut limiter le nombre de bateaux dans certaines zones et baisser notre consommation de poissons. Avec la surpêche, on est au-delà de l’impact, c’est de la destruction. »
F.D. : « Pour rendre la planète bleue habitable, il faut arrêter de considérer l’océan comme une ressource. Sinon, ce qui suit derrière c'est l'exploitation. »
S.S. : « Et c'est pour ça qu'il y a l'empathie ! Passer par l'émerveillement, ça fait du bien parce que ça peut paraître abstrait d’imaginer modifier notre manière de consommer, mais franchement, quand on met un masque et qu'on va dans une crique en bas de chez soi, qu’on commence à regarder ceux qui vivent là, forcément on devient plus sensible et on est prêt à changer. C'est ce bon sens-là qu'il faudrait retrouver. »
Vous parlez d’émerveillement et c’est justement le but du festival Atmosphères que de passer par l’art pour parler d’écologie. Qu’est-ce que vous diriez de ce festival à quelqu’un qui n’est jamais venu ?
S.S. : « C’est génial ! Voyez déjà le mélange des genres entre Fabienne et moi. Moi, je suis devenue sensible aux dauphins par des rêves et j’en ai fait un film ; quant à Fabienne, elle a trente ans d'observation de ces animaux à partager. Un festival qui permet de réunir des scientifiques, des artistes, qui soit gratuit et ouvert à tous, c’est précieux. »
F.D. : « Nos démarches ne sont pas si différentes. On a le même désir de partager des connaissances et de sensibiliser. Ces lieux d’échanges entre artistes, scientifiques et citoyens, il faut les préserver car si la société doit changer, ça doit passer par un engagement de tous. »
S.S. : « Avec mon documentaire, je ne viens surtout pas donner de leçons mais juste témoigner que parfois, un face-à-face avec un crabe ou un poulpe peut changer quelqu’un. Dans mon cas, c’était avec un dauphin. »
F.D. : « On sait que les émotions peuvent déclencher des actions, donc bien sûr qu’il faut utiliser l’émotion et l’émerveillement pour protéger le vivant. »

Nos âmes libres sera projeté samedi 10 octobre à 14h15 à l'Espace Carpeaux
Renseignements ici
