Objet d’un usage détourné en voie de banalisation, le protoxyde d’azote
constitue un enjeu de sécurité publique, entre risques sanitaires, troubles à la tranquillité, accidents routiers et abandon de déchets dangereux dans les rues et les parcs. Face à ce phénomène, la ville de Courbevoie se mobilise, de l’encadrement administratif à la sensibilisation des jeunes.
Vous avez sans doute remarqué ces cartouches métalliques et autres bonbonnes jetées sur la voie publique au milieu des canettes et mégots. Derrière ces dépôts inesthétiques se cache une réalité préoccupante : la consommation de protoxyde d’azote (N2O), substance psychoactive classée neurotoxique et reprotoxique* par l’Agence européenne des produits chimiques.
Habituellement employé en pâtisserie (siphon à chantilly) et en médecine, ce gaz disponible et bon marché se distingue par ses propriétés euphorisantes. Une « aubaine » pour les adolescents et jeunes adultes en quête d’évasion récréative ou d’échappatoire à leur mal-être.
* Substance toxique susceptible d’altérer la fertilité et/ou le développement de l’enfant à naître
Quand la fête tourne au désastre
Comme le souligne la campagne choc lancée par le gouvernement en avril dernier, l’inhalation de «proto» ne se limite pourtant pas à une expérience festive. Outre les vertiges, nausées, brûlures dues au froid, perte d’équilibre – voire de connaissance – fréquemment constatés, des séquelles, parfois irréversibles, ont été observées chez les utilisateurs réguliers : incontinence, paralysie, neuropathies, complications cardiovasculaires, troubles cognitifs, psychiatriques et addictifs. De fait, le produit perturbe le métabolisme de la vitamine B12, indispensable au bon fonctionnement du système nerveux.
Par ailleurs, les acteurs de la sécurité routière ne cessent d’alerter sur les effets résiduels de la substance (jusqu’à 45 minutes) : altération de la perception et du jugement, augmentation du temps de réaction, diminution des capacités psychomotrices, désorientation et perte de contrôle du véhicule. Un cocktail explosif au volant, mettant en danger le conducteur, ses passagers et les autres usagers de la route.
Un nouveau cadre juridique
Le législateur a commencé à prendre acte de la situation en juin 2021, aboutissant au vote de la loi Ripost, promulguée le 18 août dernier. Elle renforce la prévention et la répression de plusieurs infractions « du quotidien », comme, notamment, l'usage détourné du protoxyde d'azote, et dote les pouvoirs publics de nouveaux outils juridiques pour combattre ce fait de société délétère. Au niveau local, certains maires, confrontés aux dommages liés au « gaz hilarant », ont pris les devants. Ainsi Jacques Kossowski a-t-il signé un arrêté municipal, dès le 22 juillet 2020, interdisant la vente, la détention et la consommation de protoxyde d’azote aux mineurs et sanctionnant le jet de cartouches dans l’espace public. Dernièrement, un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine (28 mai 2026) a étendu la proscription à tous les particuliers, sous peine d’une contravention de deuxième classe (150 €). La police municipale, qui a reçu une instruction de fermeté en la matière, a procédé à une dizaine de verbalisations au cours du mois de juin.
Une priorité éducative
Parallèlement au volet répressif, l’information demeure l’une des clés de la lutte contre ces pratiques néfastes. À Courbevoie, la direction de la prévention de la délinquance a noué un partenariat avec l’association Via mobilité, qui intervient régulièrement auprès des écoliers et des collégiens. « Nous menons des actions de sensibilisation auprès des populations vulnérables au regard de la sécurité routière, explique son président, Alain Berthaut. Habituellement, nous évoquons surtout les problématiques liées à l’alcool, à la drogue et à la vitesse. Même si le protoxyde d’azote n’est pas encore considéré comme un produit stupéfiant, nous préparons, pour la rentrée, un module pédagogique dédié face à la flambée récente de cet usage, que nous souhaitons élargir aux lycéens. »
Les effets physiques et psychiques de l’inhalation de N2O font également partie des préoccupations de l’espace santé jeunes de l’Écollectif. Un parcours ad hoc a ainsi été proposé lors de la dernière Semaine de la santé. « Les adolescents et jeunes adultes sont les bienvenus pour poser à nos infirmières et psychologues toutes leurs questions à ce sujet », rappelle Anna Kouadio, responsable de la structure. De quoi être mieux armé pour résister à la promesse d’un « kif » éphémère qui pourrait bien ruiner son avenir.
Cartouches abandonnées : attention danger !
Pendant les beaux jours, il n’est pas rare de rencontrer des amas de cartouches – voire de bonbonnes – de protoxyde d’azote dans les massifs, sur les trottoirs et aux abords des établissements scolaires. Un défi pour les responsables de la propreté urbaine. En effet, ces déchets dangereux et toxiques dégradent le cadre de vie, affectent l’environnement et sont susceptibles de provoquer des incidents (explosions). Les cantonniers, agents de la voirie et des espaces verts qui les collectent, les orientent vers le centre de déchets municipal, où ils sont traités via une filière spécialisée. Si vous en repérez sur la voie publique, n’y touchez pas (et ne les jetez surtout pas dans le bac d’ordures ménagères ou une corbeille de rue) : prenez une photo et envoyez-la, avec sa localisation, à voirie@ville-courbevoie.fr

« Le protoxyde d’azote est un poison, aussi bien pour la santé de ceux qui en consomment que pour la sécurité et la tranquillité de tous les habitants. Sous l'impulsion du maire Jacques Kossowski, le combat contre ce fléau est une priorité de chaque instant pour les policiers municipaux, qui ont pour consigne d’appliquer une “tolérance zéro”. »
Jason Graindepice, adjoint au maire délégué à la sécurité, à la prévention de la délinquance et à la tranquillité publique
Illustration : Baptiste Araujo