Pour Morgane, le cinéma est une passion depuis qu’elle est toute petite. D’abord dessinatrice pour des studios d’animation, elle se reconvertit pour devenir projectionniste lorsque le Covid met un coup de frein à sa carrière. Depuis un an, elle travaille au cinéma Abel-Gance.

Un baccalauréat option audiovisuel, une formation pour travailler dans l’animation 2D puis comme projectionniste, Morgane suit sa route, et ce n’est jamais très loin des salles obscures. « Enfant, j’adorais les dessins animés Disney, se souvient-elle. Plus grande, j’ai découvert Miyazaki et j’ai commencé à m’intéresser au cinéma plus largement. Après la pandémie, c’est devenu compliqué pour les dessinateurs, mais je voulais rester dans ce milieu et j’ai eu la chance d’être embauchée par Le Méliès, à Montreuil. » 
La jeune femme suit alors une formation avec le syndicat des cinémas d’art et d’essai pour maîtriser la projection numérique. « Le métier a changé c’est sûr, on ne travaille plus avec des bobines, mais on reste des techniciens qui s’assurent de la bonne diffusion des films », ajoute-t-elle.

Décrypter les films

Aujourd’hui, à l’heure du tout-numérique, un autre type de savoir-faire technique est en effet nécessaire. C’est le projectionniste qui s’assure de recevoir dans les temps les fichiers des films programmés et vérifie qu’ils soient lisibles. 
Envoyés par les distributeurs, ils « pèsent » plusieurs centaines de gigaoctets et doivent être décryptés – les films sont la plupart du temps protégés pour éviter des diffusions illégales – puis transférés sur les serveurs du cinéma et enfin associés aux vidéos de bandes annonces ou de publicités avant la projection. « Il y a moins de liberté qu’avec un système mécanique ; lors d’une panne, il faut faire intervenir des spécialistes », indique la jeune femme. 
Morgane travaille en binôme avec Karim, technicien cinéma et chef d’équipe. Le duo se relaie en jonglant avec les plannings, car le cinéma est ouvert tous les jours de l’année.
À leurs côtés, le reste de l’équipe est composé d’Isabelle, la directrice, de Jean-Vincent, chargé de la programmation jeune public et scolaire, et d’Ananda, qui s’occupe de l’accueil et des relations avec le public. Accueillir les spectateurs – jusqu’ à 135 personnes quand la salle est pleine –, tenir la billetterie, s’occuper des affiches, de la communication sur écran, des stocks de confiseries, les missions sont variées dans un cinéma, et chacun y participe.

Cinéma de quartier

« Parfois, je m’installe en salle pour regarder un film, explique Morgane. C’est important de se rendre compte aussi du son et des conditions de diffusion là où on travaille. Et pour en parler avec les spectateurs ! » Ici, on prend le temps de discuter, de commenter, de partager ses coups de cœur. C’est le côté « petit cinéma de quartier » d’Abel-Gance. Beaucoup d’habitués, de Courbevoie ou d’ailleurs, le fréquentent. 
Les tarifs, moins onéreux que ceux des cinémas multiplexes*, et la programmation variée attirent aussi des familles et un public plus large. Le cinéma a comptabilisé 44 600 entrées en 2025.
Par ailleurs, les séances ciné-bulles, ciné-bonus ou ciné à la carte offrent des temps d’échanges entre les professionnels et les spectateurs. Prolongeant ainsi la magie du cinéma !

* À titre de comparaison, le tarif plein à Abel-Gance est de 7 € contre 15,90 € dans un UGC Ciné Cité.

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Photo : Yann Rossignol

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