À l’issue d’une patiente œuvre d’inventaire des atouts patrimoniaux de la commune menée par la direction municipale de la culture, la ville s’est vu décerner le prestigieux label « Ville d’art et d’histoire » le 12 février 2026. Une démarche qui s’inscrit dans une politique de valorisation de l’identité singulière de Courbevoie, d’hier à aujourd’hui, et d’attractivité de son territoire.

QU’EST-CE QUE LE LABEL « VILLE OU PAYS D’ART ET D’HISTOIRE » ? 

Créé en 1985, le label « Ville ou pays d’art et d’histoire » est décerné par le ministère de la Culture, après avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture, aux communes qui « s’engagent dans une démarche active de connaissance, de conservation, de médiation et de soutien à la qualité architecturale et au cadre de vie », mais aussi de sensibilisation des habitants et des visiteurs à ces enjeux. L’attribution du label est formalisée par la signature d’une convention de dix ans (renouvelable), incluant un panel d’actions obligatoires et d’initiatives locales, et ouvre droit à un accompagnement de la direction régionale des affaires culturelles (Drac). 
Source : culture.gouv.fr 

UNE CANDIDATURE SOLIDE

L’obtention de cette distinction exigeante par la ville de Courbevoie signe l’aboutissement d’un travail de longue haleine orchestré par la direction de la culture, investie depuis 2020 dans la constitution d’un dossier étayé par des arguments convaincants. « Pour ce faire, nous avons conduit cinq campagnes de recensement et de documentation sur le patrimoine bâti, mobilier et même naturel, explique Juliette Pageau, chargée de mission patrimoine pour le label « Ville d’art et d’histoire ». Les 879 éléments identifiés, répertoriés dans un système d’information géographique (SIG), ont révélé la diversité d’ambiances paysagères caractéristique du cadre de vie de Courbevoie. Celle-ci a dicté le thème de notre candidature : les paysages urbains (lire pages 12-13). » Ce « scanner » géant a d’ailleurs donné lieu à la patrimonialisation de pépites insoupçonnées, telles que l’immeuble dû à l’architecte Jean Dubuisson (1914-2011) au 11, quai Paul-Doumer ou le bâtiment de la poste principale, œuvre de Jacques Debat-Ponsan (1882-1942). Les jalons historiques, les sites protégés ou remarquables, la politique et les équipements culturels de la commune ont également été convoqués à cette occasion (lire encadré ci-dessous).

DES ACTIONS DE VALORISATION 

Enclenchées dès le processus de labellisation ou inscrites dans la convention décennale, plusieurs démarches visent à préserver et restaurer le patrimoine, mais aussi à fédérer le grand public autour des trésors, parfois méconnus, de la ville. 

• La création d’un service dédié et de référents « Ville d’art et d’histoire » au sein des directions municipales et des services partenaires permettra de faire vivre le label et de mettre en œuvre les stratégies de documentation, sauvegarde, médiation et sensibilisation. 

• Les Journées nationales de l’architecture ont donné lieu, dès 2025, à une offre renouvelée : visite du Centre événementiel en compagnie de son architecte, Jean Mas, ouverture de l’atelier de l’agence Dubuisson et visite de la halle de marché en présence de son concepteur, Nicolas Croixmarie. 

• Deux podcasts patrimoniaux, « Habiter le patrimoine » et « Les bâtisseurs d’aujourd’hui et de demain », disponibles sur les plates-formes habituelles, invitent les Courbevoisiens à rencontrer les résidents de monuments remarquables et les architectes qui ont contribué à construire la ville (voir page 32). 

• Deux animations thématiques par paysage sont programmées, afin d’encourager les Courbevoisiens à s’approprier leur patrimoine collectif : projets artistiques, reconstitutions 3D et visites virtuelles, expositions, programme « Adopte un immeuble », etc. 

• Le déploiement progressif d’un centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine (Ciap), impératif lié au label, entend promouvoir ce capital inestimable de façon didactique et accessible. Il s’agira d’un centre pluriel de ressources, d’expositions, d’animations, d’expérimentation, de dialogue et de convivialité ouvert aux Courbevoisiens de tous âges, aux touristes et aux chercheurs. Documentation, mallette pédagogique pour les scolaires, matériauthèque, cycles de conférences, visites guidées, parcours urbains, ateliers d’initiation aux métiers d’art, publications dédiées, espace café sont quelques-unes des pistes qui seront explorées dans les prochaines années. 

• Un volet « experts » est également envisagé : inscriptions au plan local d’urbanisme (PLU), échanges d’informations avec les partenaires de la ville, formations, charte qualité pour les nouvelles constructions, etc. 

CULTURE ET PATRIMOINE EN BREF

Une politique culturelle en trois axes :

• Courbevoie, capitale du mot (Mots libres, 24 Heures des mots, Semaine de la langue française, etc.)

• Courbevoie, ville de patrimoine (commission patrimoine des conseils de quartier, adhésion à la marque « Ville impériale », musée Roybet-Fould, visites guidées et parcours, bornes consacrées au passé industriel, etc.)

• Courbevoie, terre de talents (Printemps des artistes, programmation du théâtre de verdure, etc.)

Un réseau d’équipements culturels :

• 1 conservatoire

• 1 musée

• 1 cinéma

• 3 centres culturels

• 4 bibliothèques

• 4 salles de spectacle

• 1 scène en plein air

• 1 résidence d’artiste

Sites protégés au titre des monuments historiques :

• Ancienne mairie

• Hôtel de Guines

• Église Saint-Pierre-Saint-Paul

• Fronton de la caserne Charras

• Pavillon des Indes

• Pavillon de la Suède et de la Norvège  

LES 7 PAYSAGES URBAINS

Ils incarnent Courbevoie, « ville emblème » des Hauts-de-Seine. Voici les sept paysages qui fondent la personnalité de notre ville.

BERGES DE SEINE

Vivre près de l’eau

Description : parce qu’il n’y pas de vie sans eau, la Seine a été à l’origine de l’implantation humaine sur notre territoire. Tour à tour source de subsistance (irrigation, pêche), voie de communication fluviale et de transport de marchandises,  site de loisirs nautiques et sujet de représentation artistique, cette référence structurante a accompagné, au fil des siècles,  le développement de Courbevoie.

Période concernée : de la Préhistoire à nos jours

Quartiers : Gambetta, Bécon

PAYSAGES D’HIER

Villégiature, viticulture & industries

Description : localité viticole et destination de villégiature, Courbevoie s’industrialise dès le XIXe siècle, à la faveur de sa situation privilégiée en bord de Seine, du développement du chemin de fer et de la proximité de la capitale. Au XXe siècle, on dénombre près de 300 usines, dont quarante d’envergure nationale. Anciennes villas et vestiges industriels sont au cœur     des projets de valorisation patrimoniale actuels.

Période concernée : du XVIIe au XXe siècle

Quartiers : Gambetta, Cœur-de-Ville, Bécon, Faubourg-de-l’Arche

DE BRIQUE & DE MEULIÈRE 

Le charme résidentiel francilien 

Description : à la fin du XIXe siècle, quatre matériaux (la brique, la meulière, la pierre de taille et l’enduit) distinguent les nouvelles constructions. En témoignent notamment les pavillons de Bécon, qui contribuent à l’atmosphère villageoise du quartier. De l’immeuble de rapport à l’édifice haussmannien, Courbevoie abrite tout un éventail de bâtiments résidentiels de la Belle Époque à l’après-guerre. 

Période concernée : de la fin du XIXe siècle aux années 1950 

Quartiers : Bécon, Cœur-de-Ville, Faubourg-de-l’Arche 

LA DÉFENSE 

Un quartier d’affaires à la française

Description : établi dans le prolongement de l’axe historique de Paris, le quartier de la Défense repose sur le principe de l’urbanisme de dalle, bordée par la verticalité d’une architecture tertiaire de verre et de métal et émaillée d’œuvres d’art contemporain. Face à l’émergence des préoccupations écologiques et des mobilités douces, l’établissement Paris la Défense s’efforce aujourd’hui de déminéraliser cet espace et de favoriser sa connexion avec son environnement.

Période concernée : depuis 1958 (construction du Cnit)

Quartier : la Défense 

L’AVÈNEMENT DU BÉTON

Fonctionnalisme, grands ensembles & postmodernisme

Description : la croissance démographique des Trente Glorieuses se traduit par la construction rapide d’ensembles de logements à Courbevoie. Conçu par l’architecte Henri Pottier en 1969, selon des intentions architecturales inspirées de la charte d’Athènes, le centre Charras, complexe multifonctionnel novateur pour l’époque, s’inscrit dans la continuité du quartier de la Défense, alors en pleine expansion. Ces réalisations font aujourd’hui l’objet de programmes de réhabilitation, afin de les adapter aux attentes et fonctionnalités actuelles.  

Période concernée : années 1950 (modernisme) et années 1970 à 1990 (postmodernisme)

Quartiers : Gambetta, Faubourg-de-l’Arche, Cœur-de-Ville (Charras)    

ARCHITECTURE CONTEMPORAINE

La fabrique de la ville

Description : l’architecture courbevoisienne contemporaine, en rupture avec celle qui a marqué la seconde moitié du XXe siècle, se saisit des enjeux sociétaux de notre temps, en particulier les problématiques climatiques et environnementales. Elle inaugure de nouvelles façons de concevoir et rénover l’espace public, mais aussi de vivre en milieu urbain. Le projet de reconversion de l’écoquartier Delage en offre une illustration édifiante.

Période concernée : à partir des années 2000

Quartiers : Gambetta, Faubourg-de-l’Arche, Cœur-de-Ville   

URBANISME VÉGÉTAL

Le patrimoine naturel

Description : la trame verte locale s’appuie sur 45 parcs  et jardins – et bientôt un 46e à Delage –, reliés par des corridors de biodiversité. Sites classés (parc de Bécon), espaces verts originaux (jardin aux Papillons, jardin des  Senteurs, square Volta, parc du Vieux-Cimetière, etc.), arbres remarquables, plan de colorisation par le végétal et plantation de cent arbres supplémentaires par an concourent à une « architecture végétale » proprement courbevoisienne, gage de qualité du cadre de vie. Détentrice du label « 4 Fleurs », Courbevoie a reçu, à deux reprises, la Fleur d’or décernée lors du concours des Villes et Villages fleuris (2015 et 2021).

Période concernée : depuis le XVIIIe siècle

Quartiers : Gambetta, Cœur-de-Ville, Bécon, Faubourg-de-l’Arche

Trois questions à Sandrine Peney, adjointe au maire à la culture et au patrimoine et porteuse du projet de labellisation

Pourquoi la ville a-t-elle décidé de présenter sa candidature au label « Ville d’art et d’histoire » ?
 

Sandrine Peney : Née de la volonté du maire, Jacques Kossowski, et de son équipe, cette candidature figurait dans le programme du précédent mandat (2020-
2026). En effet, nous nous sommes aperçus que Courbevoie était une ville qui se vivait, mais qui ne se racontait pas : toujours en mouvement, elle peinait à porter un regard rétrospectif sur elle-même. Faute de discours formalisé sur son identité, elle demeurait incomprise, considérée comme un assemblage de quartiers encastrés entre Nanterre et Neuilly. Tout l’enjeu consistait à mettre en relief l’exceptionnelle richesse historique et patrimoniale de cette ville emblème des Hauts-de-Seine, concentré de paysages variés… et motif de fierté !
 

Quelle méthodologie avez-vous adoptée et quels moyens avez-vous mobilisés ?
 

S. P. : Je tiens tout d’abord à souligner que notre candidature – que nous avons fait le choix d’internaliser au lieu de faire appel à un cabinet spécialisé – a été menée en un temps record, alors même que Courbevoie n’était pas attendue sur ce terrain. Nos campagnes scientifiques de recensement, sources de multiples découvertes, les synthèses que nous avons produites et notre approche dynamique, en lien avec les habitants, nous ont valu les félicitations de la Drac. Nous avons été nous-mêmes surpris par la masse impressionnante de données collectées.
 

Qu’attendez-vous de cette distinction ?
 

S. P. : Ce label est certes une reconnaissance nationale, mais il marque avant tout le début d’une aventure à laquelle nous convions tous les Courbevoisiens. Nous avons pu constater l’engouement du public pour cet héritage commun, comme l’ont montré, entre autres, le succès de l’exposition « Courbevoie et son ar(t)chitecture » au musée Roybet-Fould ou le programme que nous avons proposé pour les Journées du patrimoine. Nos concitoyens et les conseillers de quartier manifestent l’envie d’être ancrés dans leur ville, d’exprimer leur appartenance à ce territoire, mais aussi de se projeter dans son avenir. Notre objectif n’est pas de nous enfermer dans la nostalgie, mais d’accompagner les évolutions actuelles en conservant les traces du passé. Courbevoie est et restera un observatoire de construction du patrimoine.

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