Nous avons rencontré de façon inattendue une moustique-tigre en ce début de saison printanière. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions !

On ne vous présente plus mais quel est votre vrai nom ?

Aedes albopictus. Je suis de l’espèce des insectes diptères de la famille des culicidés, originaire d’Asie du sud-est. Il y a plus de 3 700 espèces de moustiques, nous sommes une très grande famille. Mais tous mes cousins ne piquent pas, rassurez-vous !

Quels sont vos endroits préférés à Courbevoie ?

Une petite soucoupe sur une terrasse avec vue sur la Seine, mais pas trop ventée, ou un arrosoir perdu au fond d’une cour ou d’un jardin, là je suis tranquille ! Il ne me faut que 2 centimètres d’eau pour faire un nid à mes petits. L’eau ne doit pas être agitée ou remuée, mes œufs n’y résisteraient pas. Mais il y a tant de personnes à nous offrir le gîte, c’est si généreux.

Aimez-vous déménager ?

Je suis plutôt casanière quand je trouve l’endroit qui me plaît. Je ne vais jamais très loin ensuite, pas plus de 100 mètres. Je ne vis que 30 jours donc je n’ai pas vraiment le temps de faire et défaire des cartons. Et je dois me préparer à pondre sept à huit fois une centaine d’œufs. C’est du boulot, je n'ai pas le temps de changer ni la maison ni la déco.

Comment faites-vous avec tous vos bébés moustiques ?

J’ai beaucoup à faire c’est sûr mais ces petites larves se développent très bien sans moi. Je suis surtout à la recherche de sang frais pour me nourrir et avoir assez de force pour leur donner des petits frères et sœurs. Du coup, je pique aussi dans la journée, contrairement à ma cousine, le moustique commun, qui ne pique qu’à la nuit tombée, quelle fainéante !
Je peux piquer aussi bien des humains que des animaux à sang chaud. J’en ai besoin pour porter mes œufs à maturité car j’y trouve les protéines et les nutriments nécessaires. J’en profite pour vous remercier vous les humains, vous êtes mon garde-manger.

Comment repérez-vous les humains ?

Ce n’est plus vraiment un secret donc je peux vous le dire : nous avons des cellules nerveuses qui détectent le dioxyde de carbone (CO2) ainsi que les odeurs émises par la peau humaine. Ces neurones olfactifs sont situés dans des appendices sensoriels près de nos antennes si vous voulez tout savoir. Quand j’ai faim, je ne vois plus rien, je me dirige aux odeurs.

Et votre conjoint ?

Je ne peux pas trop compter sur lui, il passe son temps à butiner. Son appareil buccal est de type suceur, comme l’appelle les scientifiques, et il ne se nourrit que de nectar de fleurs, de sève ou de jus sucrés. Quant à nous, les femelles, notre appareil buccal est de type piqueur-suceur pour nous permettre, en plus du nectar de fleurs, d’aller chercher le sang dont nous avons besoin pour la ponte. On est d'accord, ce n’est pas la charge mentale qui l’accable lui !

Vous vous rendez compte des ravages que vous causez chez les humains ?

Vous voulez parler des virus de zika, de la dengue ou du chikungunya ? Non parce qu’il y aussi le paludisme, la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise, de la fièvre à virus West Nile, de la fièvre de la vallée du Rift et sans doute encore bien d’autres. Mais on nous met bien des choses sur le dos. Nous n’y sommes pour rien dans l’existence de ces virus et parasites, nous ne faisons que transmettre ! Et ce n’est pas drôle pour moi non plus quand je l’attrape : les parasites que j’absorbe en piquant un individu infecté se reproduisent ensuite et se développent dans mon organisme avant que je pique une autre personne.
C’est triste qu’autant de personnes meurent de ces virus. J’ai vu sur le site de l’OMS qu’en 2024, on estimait les victimes à 700 000 chaque année dans le monde entier. Il n’y a pas que nous les moustiques, il y a aussi les tiques, les puces ou les escargots aquatiques apparemment. Quand je pense qu’on est plus dangereux qu’un requin ou un serpent, ça donne à réfléchir.

Vous ne semblez pas craindre la pluie ? L’été, même quand il pleut, vous piquez toujours !

C’est vrai, et pourtant nous pesons moins lourd qu’une goutte de pluie. Moi, par exemple, je pèse 2 mg alors qu’une goutte de pluie pèse entre 4 et 100 mg. C’est jusqu’à 50 fois plus lourd que moi. Mais grâce à mes tissus hydrophobes, l’eau glisse sur moi. Je suis un peu déséquilibrée parfois mais j’arrive toujours à me détacher des gouttes d’eau sans aller m’écraser au sol. Ce ne serait pas une mort très glorieuse avouons-le.

Et les insecticides ?

On s’y habitue, c’est comme tout. De fait, on assiste à une montée en puissance de mes congénères, les moustiques aedes, car les insecticides ne nous tuent plus autant qu’avant. Ces dernières années, nous avons aussi développé une résistance aux pyréthrinoïdes, seule catégorie d’insecticides utilisés pour l’imprégnation des moustiquaires. Mais quand même, les répulsifs que certains s’appliquent sur la peau sont un vrai repoussoir. Au choix, je vais piquer ailleurs.

Qu’est-ce que vous craignez par-dessus tout ?

L’hiver, le froid ! Je ne supporte pas quand il fait moins de 10°C, je gèle ! Je meurs ! Le réchauffement climatique m’apporte quelques raisons d’espérer : un temps plus chaud, plus humide, c’est tout ce qu’il me faut. Bon, je crains aussi de manquer de coins d'eau à Courbevoie, mais les gens sont encore si insouciants... ça nous laisse du temps pour squatter encore un peu.

Vous savez tout ! Et maintenant, n'hésitez pas à vous renseigner sur les gestes à adopter pour lutter contre la prolifération des moustiques-tigres: c'est par ici 

Sources :

« Le moustique tigre The film », de l’IRD (Institut de recherche pour le développement)

L'OMS (Organisation mondiale de la santé)

Wikipédia 

Le blog du journal Le Monde « Réalités biomédicales » de Marc Gozlan 

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